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Comprendre les dessous de l'addiction

Analyses et société
Mamoun Moubarak Dribi
11-05-2017

A travers cet article je vais essayer d'apporter quelques éclairages sur les structures psychiques sous-jacentes aux addictions. Il est en effet essentiel de comprendre pourquoi des enfants, ou des jeunes à la fleur de l'âge, n'ayant rencontré aucun traumatisme grave ! Se retrouvent coincé dans des pratiques ou des comportements à caractère addictif. Si la recherche du plaisir ou parfois la déstructuration est l'enjeu essentiel, il n'en demeure pas moins l'existence d'autres choses de beaucoup plus complexes. Pour comprendre ce dont il s'agit. Nous allons nous intéresser au sens et au sentiment de manque. Pour ce faire nous allons remonter aux origines du manque ! (sans toutefois ignorer le syndrome de l'abandon qui affecte le bébé avant sa naissance!! ainsi que les troubles réactionnelles de l'attachement) À ce moment essentiel est capital de l'allaitement, où le nouveau-né vit par le sein maternel, trouve quiétude et sens à sa vie. Durant la phase fusionnelle, il fait un avec sa mère, il est sa continuité !! tel un fruit qui vient de germer de la branche de l'arbre ! Sans sa sève et sa force, c'est la mort assurée. Puis arrive le moment de détachement, c'est la souffrance, c'est la peur, c'est presque la mort. C'est la naissance du manque, le bébé va sucer son doigt, ou va se lier d'amour à un objet qui va devenir sa doudoune !! progressivement il va chercher à compenser ce manque, voire à le combler. A partir de là il va manifester de grandes joies quand il obtient satisfaction à ses demandes, ou au contraire exploser de rage et de colère quand il est frustré. Jusque-là rien d'anormale, c'est la nature humaine... cela devient un peu plus compliqué quand les demandes n'en finissent pas ! Quand les revendications deviennent sans frein ! Quand l'enfant instaure sa propre loi au-delà de toute loi ! Il est là le premier problème. Devant des parents qui culpabilisent à instaurer des contraintes (eux-mêmes ne les supportent pas) ils essayent de tout faire accepter à l'enfant, ils négocient. Cela va renforcer le sentiment de frustration chez l'enfant ! Pour lequel nous dit Lacan : « dans la frustration, il y a quelque chose qui ne se comprend que sur le plan imaginaire, comme dam imaginaire... ». Vous l'aurez compris, il s'agit des résidus de cette séparation ou de cette carence terrible à la mère pendant les premiers mois et les premières années de vie de l'enfant. Ce qui engendre en termes de perception dans la frustration que l'objet dont on manque est à l'intérieur de soi. Ce qui est différent par rapport à la privation : l'objet existe, il est hors de soi, mais il s'agit d'objet symbolique. Il faut passer du registre de la frustration à celui de la privation pour trouver l'équilibre, là aussi nous allons voir ce qu'en dit l'éminent Lacan : « pour que le sujet accède à la privation, il faut qu'il symbolise le réel, qu'il conçoive le réel comme pouvant être autre chose qu'il n'est pas !! ». On retrouve un peu cela dans l'anorexie mentale, où la personne a envie de manger, mais il y a quelque chose en elle qui l'en prive !! Parlons maintenant du second problème : du sens, qu'est ce qui donne sens aux choses de la vie, la peur, la faim, l'envie, le pouvoir ou bien la mort ! De quelle mort s’agit-il en fait ? De celle à venir ? Ou celle déjà vécu ? Comme celle vécu par les larves qui se transforme en abeille, ou en papillon ! Ou ne s’agit-il en fait que de dormition ? La symbolisation et l'assimilation de la séparation, et du sevrage est une chose terrible pour les deux : bébé et maman. Cette faille, va constituer une béance bien réelle au niveau du noyau psychique autour duquel va venir graviter toutes les addictions. Un refus quasi absolu. Une quête d'un retour impossible mais tellement souhaité, rêvé. Le temps au niveau psychique est en arrêt de mort ! Il veut préserver le moment d'avant, celui du fruit accroché à sa branche ! Mais ce qu'il aurait fallu incorporer c'est le décrochage (on parle de décrocher n'est-ce pas quand il s'agit de comportement addictif !!), celui-là même dont nous a privé la vie moderne ! Celui de l'amour et de l'abnégation d'un père qui s'attire les foudres de l'un et de l'autre pour créer une force de séparation. L'amour du père qui ne mendie pas la sympathie ni la reconnaissance, et

Introduire la coupure au niveau du réel pour la rendre possible ailleurs. C'est là où l'enfant aura à créer pour trouver ce qui lui manque, et non pas chercher des choses qui ne pourront jamais combler son manque. Car, il n'y a d'objet réel à cela, mais il n'y a que des objets symboliques. Ce passage est nécessaire, il exige une symbolisation de soi-même, de ses désirs et de sa vie, de sa généalogie et de sa filiation pour retrouver du sens là où il n'y avait que des envies, des tendances ou des pulsions. Mais là c'est une autre paire de manche...